06_1489

Le Parti Socialiste vient de conclure avec le Parti Radical de Gauche une alliance pour les élections régionales de décembre 2015. Mais cette alliance a un coût trop élevé pour notre pays : elle a pour effet de détourner la réforme de sa vocation initiale, en déformant la nouvelle structure régionale qui devait en être issue, à travers l’ajout d’un poste supplémentaire de président délégué de Région. Le Parti Socialiste outrepasse la frontière de l’atteinte à l’intérêt général, confond ses ambitions électorales et le bien du pays, et dénature l’une des rares initiatives du présent quinquennat pour rendre notre nation plus forte.

Qu’un parti politique cherche à construire une alliance n’est en soi par contraire à l’esprit de notre démocratie, qui a été conçue pour encourager le rassemblement d’un éventail le plus large possible de tendances politiques pour former des majorités de gouvernement. Mais le Parti Socialiste a cette fois-ci dû distordre l’organisation politique de notre pays pour parvenir à atteindre un accord avec le Parti Radical de Gauche, en créant un poste de poids qui n’était pas planifié dans la réforme territoriale –et pour cause, car la réforme territoriale a pour objectif affiché de simplifier les structures de gouvernance, et d’en réduire le coût, et non pas de les complexifier, ni de les paralyser, ni de les rendre plus coûteuses.

Une fois de plus, l’exécutif a laissé faire. Après avoir annulé la réforme prometteuse de Nicolas Sarkozy sur le conseil territorial, qui offrait une simplification particulièrement lisible de la structure des collectivités à travers une fusion des assemblées des départements et des régions, après avoir ensuite dit tout et son contraire sur la destinée des collectivités territoriales, après avoir enfin tergiversé pendant des mois avant de se décider dans une précipitation révélatrice du plus grand amateurisme, François Hollande et son gouvernement avaient fini par entreprendre une réforme qui va dans le bon sens, qui consiste à fusionner les régions entre elles.

Déjà, devant les premières manœuvres des détenteurs de pouvoir local qui ont immédiatement cherché à amoindrir l’effet de cette réforme pour préserver ce qu’ils pouvaient de leurs prérogatives antérieures, notre exécutif était, fidèle à son habitude, resté muet, alors même que son rôle aurait été de s’engager pour que la réforme ne soit pas vidée de sa substance à l’occasion de sa mise en oeuvre.

Une nouvelle étape a désormais été franchie dans la dégradation des effets positifs que nous pouvions escompter de cette réforme : le Parti Socialiste, dans le but de conclure une alliance en vue d’augmenter ses chances pour les élections de décembre, invente un poste supplémentaire de président délégué de région et dévoie ainsi l’esprit de la réforme. Le Parti Socialiste, incapable d’adapter sa stratégie électorale à la structure issue de la réforme, demande tout simplement que la structure politique soit aménagée pour satisfaire ses appétits ! Et le Président de la République, dont notre Constitution requiert qu’il soit garant du fonctionnement de notre démocratie, laisse faire, comme il a laissé faire tout le reste.

Inaptitude à prendre des décisions, répugnance à assumer le mécontentement des uns, asservissement au clientélisme envers les autres, sujétion aux marqueurs -ou aux signaux interprétés comme tels- de la démocratie d’opinion, croyance que les problèmes se résoudront d’eux-mêmes, et au final indifférence totale pour l’avenir de notre pays : notre Président de la République continue à laisser les intérêts particuliers s’emparer de décisions qui relèvent de l’intérêt général, avec les impacts destructeurs que nous pouvons en attendre sur la cohésion de notre pays.

De la pénible tirade que la candidat Hollande s’est cru obligé de nous infliger lors du débat télévisé de mai 2012 –dont le plus douloureux pour nous, téléspectateurs, n’était d’ailleurs pas de parfaitement savoir qu’il n’existait aucune intention de donner un semblant de matérialisation aux mots qui furent employés ce soir-là, mais plutôt de ne déceler aucune tentative de vouloir donner une quelconque apparence de sincérité ni d’intérêt pour son contenu pendant sa laborieuse édiction-, nous n’avions conçu aucune illusion sur l’incapacité de ce candidat à prendre les décisions difficiles nécessaires au relèvement de notre pays, mais nous avions au moins espéré qu’il percevait dans la position de président de la République un devoir d’arbitrage et de préservation des équilibres démocratiques.

Même ce modeste espoir d’alors se révèle aujourd’hui avoir été un excès de confiance.

Certes, la situation est encore plus grave que nous l’estimions il y a trois ans. Est-ce une raison pour désespérer ? Certainement pas !

Nous, électeurs, pouvons contribuer à changer cet état de fait : nous pouvons confier la conduite de nos exécutifs régionaux à nos représentants des Républicains, afin d’assurer que nos Régions seront gouvernées avec l’objectif d’être plus efficaces. Faisons campagne derrière nos candidats des Républicains, élisons-les à la tête de nos Régions, et plaçons ainsi nos Régions sur la voie du redressement !

L’alliance payée trop cher

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.