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Notre monde médiatique perd le nord depuis quelques mois. Alors que les medias sont supposés être au service du fonctionnement vertueux de notre démocratie –c’est l’une de leurs raisons d’être et c’est également l’un des plus grands services qu’ils peuvent rendre à notre Société – nous assistons à la bifurcation éperdue de certains d’entre eux vers des chemins qui, si rien n’est entrepris pour les réorienter, conduiront à notre chute collective.

Il est sans aucun doute de l’intérêt de la vitalité de notre démocratie de disposer de médias professionnels, critiques et indépendants, laissés libre d’exercer leur jugement avec sérieux et objectivité en toutes circonstances. Mais il est aussi de l’intérêt des médias que d’évoluer dans une démocratie qui fonctionne, c’est-à-dire dans une société dont les instances dirigeantes et les détenteurs d’influence ne font pas obstacle à l’exercice par les médias de leurs activités.

La qualité du débat politique constitue l’un des exemples d’aspect primordial du fonctionnement vertueux de notre démocratie. La contribution des médias à la qualité du débat politique est essentielle, et peut se mesurer à l’aune de leurs capacités à doser la résonnance qu’ils accordent aux différents intervenants de ce débat, en fonction de la participation de ces intervenants à l’édification ou au renforcement des valeurs de notre République.

Or certains de nos médias français –et surtout ceux d’entre eux qui sont les plus soumis aux tentations de l’immédiateté : médias audiovisuels, notamment d’information en continue, médias internet- nous paraissent aujourd’hui entraînés dans une tourmente dont il n’est pas aisé de se dégager : ils placent leur immense pouvoir d’influence au service de la négation d’une vision de notre société constructive, optimiste et raisonnable. Ils organisent des émissions politiques sur des sujets majeurs pour la structuration de l’avenir de notre pays, sans inviter de représentants de partis politiques, comme si les commentateurs, voire les commentateurs de commentateurs, seuls présents sur leurs plateaux, avaient pour vocation de s’engager dans l’action. Mais nous savons tous que les commentateurs ont vocation à commenter, pas à agir. Ceux qui ont vocation à agir sont justement les politiques.

Lorsque des politiques sont invités, ce sont ceux qui adoptent les postures parmi les plus provocantes et les plus destructrices à l’encontre de notre démocratie –et, soit dit en passant, ceux dont on peut escompter qu’ils seront les moins tolérants à l’égard des médias dans le cas où ils devraient se trouver au pouvoir- et non pas ceux qui proposent de construire un avenir cohérent, positif et harmonieux pour notre société.

Par exemple, Marine le Pen entreprend avec force d’humilier le président de la République française devant le parlement européen, insultant ainsi l’ensemble du peuple français –qu’on ne se trompe pas ici sur mon propos : je ne défends pas l’action de François Hollande, il est incapable de mener à bien la lourde tâche dont il a sollicité l’honneur auprès des Français et qu’un malheureux concours de circonstance a permis qu’elle lui échoie ; nous travaillons à ce que cet infortuné concours de circonstance ne se reproduise pas ; mais il est pour le moment le président de la République, et nous Français avons le devoir de faire corps avec notre président de la République face à des interlocuteurs étrangers- et pourtant les médias continuent à accueillir et mettre en scène les représentants de Marine le Pen comme si de rien n’était, comme si son comportement relevait de l’anecdote, comme si son parti et elle les fascinaient au-delà de toute considération de santé démocratique.

Certes, notre personnel politique dans son ensemble n’est pas toujours passionnant à écouter, mais, si nous voulons faire vivre la démocratie et organiser la réflexion et la discussion en préalable à l’action collective, alors il importe que nous écoutions ceux d’entre eux qui sont porteurs d’un projet réaliste et ambitieux. Aux Républicains nous sommes de ceux-là, nous nous efforçons d’écouter nos concitoyens et de mettre en perspective leurs préoccupations dans le sens d’un projet politique constructif, cohérent et viable. Encore faut-il nous donner l’occasion de contribuer effectivement au débat public, encore faut-il donner aux voix raisonnables –et pas seulement aux plus tonitruantes ni aux plus outrancières- une chance d’être entendues.

Chacun a son rôle à jouer dans notre démocratie : les partis politiques comme les médias. Les partis politiques doivent prendre leurs responsabilités. Les medias doivent jouer leur rôle de médiation du débat public d’une manière objective, empreinte de raison et d’esprit critique. S’ils ne jouent pas ce rôle ils concourent à précipiter notre démocratie à sa perte.

Medias : la boussole affolée

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