Notre Président de la République se trouve confronté à un défi inédit, qui recèle de graves dangers pour notre démocratie.

Est-il besoin de revenir sur les causes de la situation qui a transformé notre pays en poudrière ? Incapacité originelle à percevoir la nature profonde de notre peuple, aveuglement subséquent et répété devant les signaux faibles de désarroi de notre classe moyenne, inexpérience politique, improvisation, mépris de notre culture et de nos corps intermédiaires, ce sulfureux mélange aura suffi à mener notre République au bord de l’un de ces précipices qu’elle n’aura rencontrés qu’une poignée de fois par siècles.

Il est urgent que nous l’évitions et que nous nous en éloignions le plus loin possible.

Pour ma part je considère qu’une sortie par le haut est possible.

Notre Président a été élu par notre peuple, il lui revient de conduire notre peuple hors de ce bourbier où il nous a plongés. Soyons clair : mes sympathies pour ses postures, son programme et ce qu’il représente sont ce qu’elles sont, je m’en suis souvent fait l’écho. Mais là n’est plus la question. Il est aujourd’hui notre chef, le chef que le pays s’est choisi il y a deux ans, et la situation de notre pays commande de l’aider à nous extraire de ce piège qui se referme lentement sur nous.

Pour cela il faudra qu’il tienne compte des résultats de la consultation nationale qu’il a lui-même lancée. Pour l’instant il a fixé des lignes rouges, qui limitent singulièrement la portée de cette consultation. Fixer des lignes rouges n’est en soi pas une erreur si ces lignes rouges ont pour vocation d’améliorer la cohérence et l’efficacité, et donc le résultat, de la consultation. En revanche cela constitue une faute s’il s’agit d’empêcher que notre peuple émette des recommandations qui seraient contraires à son programme de l’élection présidentielle.

En effet, notre Président a proposé un programme lorsqu’il était candidat et nous pouvons comprendre qu’il répugne à y renoncer. Mais, même s’il a été élu sur la base de ce programme, il convient de garder en mémoire qu’aucun mandat n’est impératif, ainsi le veut notre constitution. Ainsi notre Président a été élu d’abord et avant tout pour être notre chef et pour mener notre pays sur le chemin du succès, et non pas pour appliquer le programme qu’il a présenté pendant sa campagne. En effet nul chef n’a une quelconque chance de mener son peuple au succès s’il refuse de tenir compte des circonstances, aussi terribles soient-elles à regarder en face.

Il aura ainsi l’occasion, lorsque les conclusions de la consultation seront connues, de jouer son rôle de chef en modifiant son programme en fonction de ces conclusions. Son programme s’en trouvera peut-être dénaturé, mais notre Président entraînera notre pays sur la voie de l’effort collectif. Ou alors il prendra l’autre chemin, celui de s’arc-bouter sur un programme originel qui ne répond pas aux aspirations profondes de notre peuple –auquel cas, protégé par les institutions, il restera en poste encore trois ans, mais sans plus d’effet ni d’utilité que son prédécesseur.

Nicolas Bonleux

Implacables mais impérieuses circonstances

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