liberte1

La liberté d’expression est un droit, et il est de notre devoir de le défendre, non seulement pour consolider les valeurs de notre République, mais aussi pour que la France puisse jouer son rôle de contribution au progrès du monde.

Je fais partie des millions de Français qui ont défilé dans les rues de France il y a deux semaines pour témoigner de notre attachement à ce droit, en même temps que de notre solidarité envers les victimes des assassinats des jours précédents, de notre reconnaissance à l’égard de nos forces de l’ordre et de notre foi en les valeurs de notre République.

Et cependant je suis gêné par les réactions qu’a déclenchées dans divers endroits du monde la parution de Charlie Hebdo quelques jours plus tard : alors même que la France avait reçu des témoignages de fraternité exceptionnellement forts de la part de plusieurs dizaines d’États, alors même que ces valeurs qui suscitaient chez nous une union nationale parvenaient à rassembler bien au-delà de nos frontières, notre pays déclenchait quelques jours après l’ire de milliers de personnes dans le monde.

La liberté d’expression est un droit, en même temps qu’une de nos valeurs. Mais le sens de la mesure en est une également, chère à notre culture, chère à nos philosophes, chère à notre Histoire, chère à nos grands hommes. Chacun de nous est fondé à exercer son droit à la liberté d’expression. Mais est-ce une raison pour l’exercer sans mesure ? Nos ennemis sont une poignée de terroristes fanatiques, pas les centaines de millions de musulmans dans le monde. Devons-nous tellement vouloir nous faire plaisir à tout prix que nous sommes prêts pour cela à heurter la sensibilité des musulmans du monde entier ? Ne pouvons-nous pas graduer l’agressivité de nos caricatures en fonction de leurs impacts potentiels ?

L’outrance n’est pas synonyme d’indépendance d’esprit, la provocation n’est pas synonyme de liberté d’expression. L’exercice d’un droit, l’usage d’une force, n’ont jamais autant d’effet que lorsqu’ils sont effectués avec mesure. Notre histoire en est riche d’enseignements. L’excès affaiblit la pureté de l’intention, l’immodération dégrade la pertinence du message. La France incarne non seulement la liberté d’expression, mais également la mesure dans l’emploi des moyens déployés pour instaurer la primauté des droits de l’homme partout où cela est nécessaire.

Notre Président, devant les réactions dans divers pays du monde, a expliqué que notre droit à la liberté d’expression ne doit pas être interprété par nos amis étrangers comme une volonté de leur donner des leçons sur les valeurs qu’ils se sont données. Il n’est pas allé assez loin dans le message à leur intention : j’aurais attendu qu’il dise clairement que ceux qui s’exprimaient si librement ne parlaient pas au nom de la France, même si la cruauté de l’actualité leur avait donné une valeur de symbole de la défense de certaines valeurs de notre pays.

Alors j’adresse ce message à nos gouvernants : défendez sans états d’âme la liberté d’expression, mais n’approuvez pas sans réserve au nom de la France son exercice démesuré lorsqu’il heurte des populations qui ne sont pas nos ennemies.

Nicolas Bonleux

Et si nous faisions preuve de sens de la mesure ?

2 avis sur « Et si nous faisions preuve de sens de la mesure ? »

  • 10 juin 2015 à 23 h 55 min
    Permalien

    Voilà donc un bon article, bien passionnant. J’ai beaucoup aimé et n’hésiterai pas à le recommander, c’est pas mal du tout ! Elsa Mondriet

    Répondre
  • 26 avril 2016 à 10 h 32 min
    Permalien

    Merci pour ce partage, c’est pas mal du tout. Je m’occupe de la partie actu pour la ville de la Rochelle et je ne vais pas hésiter à relayer votre article. Cordialement.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *