Notre civilisation a basculé. Notre peuple, dépositaire d’une civilisation riche de plusieurs milliers d’années a consenti un sacrifice qui, il y a à peine soixante-dix ans encore, était impensable. Son concept a graduellement fait son chemin dans nos esprits depuis lors et a progressivement acquis son acceptabilité dans notre opinion collective : celui de sacrifier l’avenir pour le présent.

Sans juger ici de la noblesse du présent que l’on sauve –en l’occurrence, il est d’une grande noblesse puisqu’il s’agit de sauver plusieurs dizaines de milliers de vies françaises-, ce présent a été hissé par nos gouvernants comme la priorité absolue. Cette priorité a justifié que l’on sacrifie notre économie, notre richesse pour les décennies à venir, nos emplois pour les années à venir, le rang de notre pays dans le concert des nations et, sacrifice suprême car condition ultime pour la perpétuation de notre civilisation, l’éducation de nos enfants.

Quelle civilisation consciente d’elle-même peut accepter un tel sacrifice qui met en péril sa propre continuation ?

Notre peuple a accepté ce sacrifice sans heurts, comme il accepte en silence l’incroyable complexité de l’improbable dispositif inventé pour le déconfinement –d’une telle complexité qu’il donne parfois l’impression d’avoir été conçu dans le but de prolonger l’apathie générale.

Mais il n’est pas injuste de reconnaître que même ailleurs dans le monde, où les gouvernants ont été plus clairvoyants, plus adroits, plus mesurés, où le confinement et le déconfinement n’auront pas des effets aussi dévastateurs qu’en France, les peuples ont également accepté ce basculement décisif.

Ce basculement constitue l’aboutissement logique, peut-être l’étape ultime, d’un mouvement enclenché il y a longtemps et accéléré brusquement depuis mai 68. Il recèle de terribles dangers.

Heureusement le confinement a aussi eu ses vertus, en plus de la première d’entre elles qui a été de sauver des vies humaines, et notamment celle de nous donner l’opportunité de hâter l’émergence d’un nouveau monde. Saisissons cette chance. Réveillons-nous. Retrouvons la conscience de notre civilisation et l’amour de sa vigueur.

Sortons de l’anesthésie collective où ce basculement nous a plongés. Et débattons du nouvel élan que nous voulons donner à l‘essor de notre civilisation, notre civilisation que nous chérissons, notre civilisation à laquelle nous devons tout ce que nous sommes, notre civilisation qui est ce que nous avons de plus noble et de plus précieux et dont la force sera le plus sûr garant de l’avenir de nos enfants.

Nicolas Bonleux

Le basculement de notre civilisation

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