Emmanuel Macron a finalement décidé de céder à la pression des experts. Les experts en santé publique seront finalement ceux qui, une fois encore, auront dicté sa conduite.

Le problème avec la santé publique est qu’elle ne constitue en rien, comme aucune autre discipline comparable du reste, une science exacte.

Si vous demandez leur avis à cent experts de santé publique, vous obtenez cent avis différents.

Comme c’est exactement ce que les médias font en permanence, nous sommes continuellement abreuvés d’un kaléidoscope de théories contradictoires qui s’infirment les unes les autres, du matin au soir, du lundi au dimanche, depuis neuf mois. Cent experts se contredisent en permanence sur les plateaux de télévision et aux micros des radios, portant au paroxysme la confusion de notre population.

Que les experts ne soient pas d’accord entre eux mais qu’on leur donne abondamment la parole, rien d’inhabituel : il faut bien faire vivre l’industrie des médias. Que les professions de santé mettent nos gouvernants sous pression, rien d’étonnant : ils sont dans leur rôle.

Mais que notre exécutif n’exerce pas le rôle d’arbitre pour lequel nous l’avons élu, cela n’est pas acceptable.

Nous avions espéré qu’Emmanuel Macron, après avoir pratiqué un confinement aveugle et démesuré au printemps, avait tiré les leçons de son erreur. Nous avions espéré que, ayant pris un peu de recul, il avait appris à considérer pour ce qu’elles sont les déclarations alarmistes de nos professions de santé, et à les mettre en perspective avec l’intérêt général de notre nation.

Nous avions cru comprendre que le changement de gouvernement de l’été était un signe de cette volonté de s’émanciper de l’emprise de ceux qui, inaptes à l’analyse prospective et englués dans un jugement incertain, cédaient aux cris des cassandres du moment.

Nous avions écouté avec attention ses défenseurs qui, répondant aux critiques sur son inexpérience et sur les terribles angles morts de sa pensée, vantaient son intelligence et sa capacité à rapidement corriger ses erreurs et les présentaient comme la garantie que les errements du passé ne se reproduiraient pas.

Nos espoirs ont été déçus.

Nous ne nions pas que la situation est difficile, ni que les enjeux sont considérables, et encore moins que nul n’est supposé détenir la vérité.

Il n’est pas rare que, sous la pression des médias qui prétendent refléter l’opinion publique, ceux qui nous gouvernent se sentent obligés de s’agiter, de gesticuler, de montrer qu’ils ne restent pas inertes. Mais il est important de ne pas confondre les rôles : celui des experts est de parler, celui du gouvernement de décider.

Si le gouvernement se met à faire ce que les experts exigent de lui, il porte un coup fatal à notre économie et à notre vie sociale. Ce faisant, il descend au niveau de crédibilité des experts, c’est-à-dire au niveau zéro de crédibilité.

Nous reconnaissons que le confinement décidé récemment est moins radical que celui du printemps, truffé qu’il est d’exceptions, de dérogations et de compromis ; mais cette pratique du « en même temps » chère à notre président le rend totalement illisible, impraticable et, pour tout dire, inapplicable.

Cette fois encore la précipitation, le manque de hauteur de vue et l’inaptitude au discernement auront eu raison de l’intérêt de notre peuple.

Nicolas Bonleux

Le gouvernement des experts

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