L’abstention tue lentement la démocratie.

Elle creuse l’écart entre les citoyens et leurs représentants car elle questionne le concept du candidat supposé avoir été « choisi par la majorité », tant le nombre de votants s’éloigne, élection après élection, du nombre de citoyens en âge de voter. En cela elle sape progressivement les fondations du pacte de société qui nous rassemble.

Elle accentue le divorce entre ceux qui ne se reconnaissent pas dans la classe politique et ceux qui l’incarnent, car elle favorise les sortants ou les personnalités déjà établies, et entrave ainsi le renouvellement –pourtant salutaire- du personnel politique.

Elle abandonne enfin le pouvoir de décider –car élire ses représentants, c’est contribuer à la décision- aux franges les plus militantes de la population, en en dépossédant de fait la majorité de nos concitoyens.

L’abstention n’est pas anodine pour le destin de notre démocratie, c’est-à-dire pour notre destinée commune : elle est certes indolore sur le moment –malgré l’abstention, chaque soir d’élection nous fournit son lot d’élus- mais elle est terriblement dangereuse pour la démocratie. Pourtant, son seul résultat, sa seule issue à long terme si elle continue à se développer, sera la confiscation du pouvoir par une minorité agissante, c’est-à-dire la négation même du concept de démocratie au service de l’intérêt général.

Nous avons franchi un nouveau seuil dans l’abstention en juin 2021 à l’occasion des élections départementales et régionales, où deux tiers des électeurs ne sont pas allés voter. Les circonstances sanitaires ont bien entendu pesé dans cet état de fait, tout comme d’autres facteurs. S’il est raisonnable d’escompter que les circonstances sanitaires ne se reproduiront pas, nous avons toutes les raisons de penser que, sans réaction forte de notre nation, les autres paramètres non seulement perdureront, mais s’accentueront.

Ceux d’entre nous qui ont mené une campagne de porte-à-porte intensive connaissent les arguments invoqués par les électeurs pour ne pas voter : perte de confiance dans la classe politique, conviction que le résultat du vote, quel qu’il soit, ne changera pas substantiellement la direction prise par les élus, voire présomption que les élus sont impuissants à influer sur le cours des choses. Ces arguments sont, dans une certaine mesure –mais dans une certaine mesure seulement-, valides. Ils doivent faire l’objet d’une réflexion sérieuse et authentique de la part de la classe politique, qui doit à nos concitoyens de mener un profond exercice de remise en question. Mais ils ne justifient pas l’abstention, qui reste avant tout le signe d’un désintérêt pour notre destinée commune. Ce désintérêt est le fruit d’un individualisme croissant dans notre société.

Cet individualisme, néfaste à de nombreux titre et en particulier à celui de notre capacité collective à maîtriser notre destin, n’est pas une fatalité. Nous considérons qu’il doit être combattu.

Nous proposons qu’il soit combattu par la création d’une obligation citoyenne à exercer son droit de vote. Afin que cette obligation soit effective, elle devra être assortie d’une sanction lorsqu’elle n’aura pas été respectée, par exemple une amende.

Nous appelons les législateurs à se pencher dès aujourd’hui sur la façon dont le vote peut être rendu obligatoire en France.

Nicolas Bonleux

Abstention : le lent poison de notre démocratie

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