Jean-Luc Moudenc vient d’annoncer qu’il quitte le parti Les Républicains, après y avoir été engagé depuis sa fondation voici plus de vingt ans.

Cette décision, que nous respectons, mérite notre attention à plusieurs égards.

D’abord parce que Jean-Luc Moudenc est un homme politique de talent, intelligent et avisé, qui a toujours œuvré avec sagesse et adresse pour promouvoir les intérêts de Toulouse, la ville dont il est maire.

Ensuite parce que Jean-Luc Moudenc est un homme de droite. Pour l’avoir côtoyé, écouté et observé, je suis convaincu que ses convictions de droite se sont toujours exprimées et s’expriment encore dans ses déclarations et dans ses actes. Sa modération naturelle, son goût pour la mesure, son tropisme pour le centre-droit qui a guidé son parcours politique l’ont parfois conduit à des stratégies électorales plus centristes que certains d’entre nous l’eussent souhaité. Mais je n’ai, pour ce qui me concerne, aucun doute sur l’ancrage de ses valeurs à droite.

Enfin, et c’est le plus important, parce que sa décision illustre une évolution profonde de notre société.

Ma lecture en est simple : la société française subit une succession de chocs radicaux à un rythme extraordinairement soutenu. Insécurité, inflation, immigration incontrôlée, plongée vertigineuse des finances publiques, déculturation, environnement international, relations avec l’Allemagne : les menaces et les embardées, de causes internes comme externes, se succèdent les unes aux autres, de plus en plus violentes, de plus en plus graves.

Face à ces menaces, la France entière a réalisé que l’offre politique de Macron était une promesse de dupes : on ne sauvera pas la société française par la mondialisation débridée, ni par la start-up nation, ni par le refus d’accorder à notre histoire et à nos racines la place qu’elles doivent tenir dans la construction de notre récit collectif, ni par le mépris de notre peuple et de nos institutions, ni par l’abandon de notre culture française, ni par la poudre aux yeux du en-même temps – et encore moins par la contrition institutionnalisée, par la fureur de la désaffiliation et par la promotion du communautarisme.

D’aucuns avaient espéré qu’il suffirait d’une technocratie sans enracinement politique, d’une prétendue robuste compétence de gestion, du sommaire refus de la droite et de la gauche, pour surmonter les défis auxquels notre pays est confronté. Les cinq dernières années ont jeté un cruel démenti sur cet espoir.

Mais la France a également réalisé que la gravité de la situation ne s’accommode plus des hésitations ni des compromis du grand parti de la droite et du centre que se voulait être l’UMP à sa fondation, devenu entre-temps LR. LR aurait pu influer positivement sur la destinée de la France depuis dix ans grâce à son positionnement unique dans le paysage politique français, mais les circonstances en ont décidé autrement.

La ligne que seule LR pouvait défendre, qui était la seule féconde pour notre pays il y a encore quelques années, était celle de la fermeté alliée à la mesure. Mais cette ligne a accumulé les défaites électorales depuis dix ans. Le sujet n’est pas ici d’expliquer les raisons d’un tel échec, mais de constater que la brutalisation et la dégradation spectaculaires de l’environnement politique rendent désormais cette ligne inaudible. Il faut maintenant, pour parler efficacement à notre peuple, choisir entre la fermeté et la mesure. Cette évolution de notre société dicte la nécessité de ce choix à chacun d’entre nous, et le parti LR est lui aussi contraint de faire ce choix.

Quitter LR est une décision que Jean-Luc Moudenc a expliquée, entre autres, par sa perception de l’évolution de LR.

Ma lecture est beaucoup moins univoque.

Ma lecture est que cette décision est en dernier ressort imposée par l’évolution de notre société. Car l’évolution de LR n’est pas la question.

C’est en réalité le positionnement de chacun de nous, membres du peuple de droite, qui est la question. Cette question se pose pour chacun de nous comme elle se pose pour LR. La question est de faire prendre la bonne direction à LR comme au reste des forces de droite, celle d’une droite forte et assumée, qui sait parler à notre peuple, qui sait accéder aux responsabilités et y mener la politique qui, seule, permettra à notre pays de surmonter les obstacles.

Cette bonne direction de LR passera également par des alliances avec les autres partis de droite, dont une grande partie des électeurs seraient restés chez LR si ce choix avait été fait plus tôt.

Jean-Luc Moudenc, fidèle à son humanisme, a fait le choix de la mesure au détriment de la fermeté. Nous considérons que c’est l’autre chemin qui est le plus prometteur pour notre pays.

Nicolas Bonleux

Jean-Luc Moudenc quitte LR : posons-nous les bonnes questions

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